🐍 L'Art des Sorcières
La puissance féminine est au centre de mes recherches artistiques, notamment le personnage de la sorcière, magicienne, chamane : son lien au monde végétal et au cycle de vie/mort/renaissance, sa magie de transformation, son courage pour affronter sa part d’ombre, sa recherche d’états de conscience modifiée.
Je peins avec une approche écoféministe qui fusionne art, écosystèmes, émotions occultées et magie animiste. L’écoféminisme met en lumière le lien entre terre et femmes, corps exploités par le capitalisme patriarcal. (Sources bibliographiques à la fin)
Medecine du Volcan (La Chamane) - Acrylique et crayons sur bois, 45×55cm, 2025
« La Médecine du Volcan » est née de ces thématiques qui me préoccupent, simultanément avec une expérience chamanique impromptue avec une plante maitresse.
Le serpent, symbole ancestral de transformation par ses mues successives, questionne notre rapport à l’identité, à la « réalité », qui est tout sauf solide et figé. Le volcan pour moi représente les forces instinctuelles des profondeurs qui rejaillissent, une exultation qui transcende les limites, comme un orgasme ou une illumination.
D’expression de la colère au début, cette peinture s’est transformé en expression de la puissance, (qui peut passer par s’autoriser la rage, émotion honnie, amputée aux femmes) ce “pouvoir-du-dedans”(Starhawk) qui se cultive avec toutes les pratiques qui nous autorisent la libération des énergies refoulées. Mon art permet de retrouver la mémoire de notre pouvoir occulté, pour transformer et émanciper les consciences.
On « fait » de l’art, mais surtout l’art nous fait en retour.
On a besoin de se souvenir de la magie que l’on portait en nous avant deux siècles de chasses aux sorcières, de tortures, de terreur et de bûchers, du moyen âge jusqu’au siècles des Lumières : période qui coïncide avec la naissance du capitalisme, de la science et de la médecine moderne ainsi que des débuts de l’extractivisme et de l’exploitation de la terre. Ont été appelées sorcières, ces femmes sachantes des mystères et souveraines d’elles mêmes, qui connaissaient les remèdes naturels et les différents plans de réalité, évidemment dérangeantes pour les pouvoirs en place. Torturées physiquement et psychiquement, calomniées, violemment exécutées… pendant que Descartes prônait le rationalisme et “l’homme comme maitre et possesseur de la nature.” Le plus grand féminicide de tous les temps qui a fait des milliers de morts -des hommes aussi- à travers le continent européen et en Amérique du Nord. Ce trauma collectif, dont on parle très peu, a eu d’énormes répercussions sur nos psychés.
Toujours les mêmes ressorts du colonialisme, du fascisme, de la domination : la violence physique, mais surtout psychique et culturelle, la plus insidieuse et dévastatrice. Cette invasion du territoire en même temps que des consciences, que l’on a pratiqué sur tous les continents, en tout temps, encore maintenant. Tuer les personnes mais surtout tuer l’âme, les croyances, les savoir faire de guérison, les modes de vie et de création, l’esprit d’indépendance. Nous, « les descendantes des sorcières qu’ils n’ont pu brûler », avons été forcées de renier notre propre magie pour survivre.
Alors il a fallu cacher ces savoirs ancestraux liées aux plantes, aux outils d’expansion de conscience et de transformation intérieure. Ils ont survécu dans les images étonnantes de l’alchimie, les symboles du tarot, les interprétations du zodiaque. Toutes ces disciplines discréditées dans lesquelles les pouvoirs politiques ont instillé doutes, méfiances, charlatanisme, édulcoration puis commercialisation bêtifiante, pour décourager les gens de s’y intéresser vraiment, de creuser, de déterrer les savoirs philosophico-spirituel sur la nature de la réalité et de la conscience. On a instauré la peur de l’inconnu, semant la peur pour quiconque oserait s’aventurer sur ces terrains occultes. Occultes, parce qu’occultés, cachés, secrets. La vie entière est magie, occulte, ésotérique. Les apparences ne sont pas ce qu’elles montrent. Toutes les cultures ont parlé de cette illusion de réalité, du voile de Maya des hindous à la caverne de Platon. Le magicien est la personne qui soulève le rideau pour voir ce qui se cache derrière. Mais personne ne lui donne l’autorisation pour ça, il lui faut vouloir savoir, oser et se taire.
Non seulement les survivantes ont imprimé dans leur ADN le danger de vivre selon ses désirs et ses croyances, mais les rituels et les significations ont été oubliées au profit de la pensée dominante. Le colon, l’inquisiteur, le juge, est devenu intérieur, impossible à débusquer car nous avons accepté son contrôle comme le choix raisonnable pour survivre. Et nous avons cru à notre pseudo infériorité et nature diabolique, la transmettant de générations en générations avec les codes moraux de la religion organisée.
Aujourd’hui, on cherche les causes de toutes ces dépression, addictions, anxiété, syndrome d’imposteur, etc. On en fait une question de défectuosité personnelle ou de trauma familial, mais à la racine c’est un problème systémique, répété par les comportements qu’on nous a inculqué comme normaux. On se demande pourquoi on se sent vides, désabusé.es, empêchés de créer, de s’exprimer, de dire non, de ressentir certaines émotions (oui, toi, la vilaine colère) alors qu’on croule sous les objets, informations, thérapies, possibilités. Sous les chaines et les contraintes, tout est déjà en nous. La liberté de pensée et de créer, mais aussi de faire communauté, avec tous les être vivants de cette planète. C’est cette reliance qui nous manque. C’est de tout cela dont il faut se souvenir. Il ne s’agit pas de se rajouter des moyens de communication, de génération de textes ou d’images, de vivre plus longtemps ou d’aller sur Mars, c’est se tourner vers l’intérieur et faire émerger ce qui est enfoui.
Ce pas de côté qui est une plongée en dedans.
Ces 20 dernières années de pratique artistique, d’exploration de mon ombre, de guérison de mes addictions, d’études des savoirs occultes (tarot, astro, psychomagie..) m’ont donné des outils que j’aimerais partager maintenant ; Je sens que mon rôle d’artiste est en train de s’ouvrir, de se métamorphoser en quelque chose de plus grand que la création d’image solo. Je suis persuadée que le réel progrès dont on a besoin, ne peut se faire que lorsque chacun.e reconnectera à sa partie magique et créative. La guérison doit être personnelle ET collective, dans un aller retour constant, car on ne peut plus continuer à séparer, à créer des cases et des limitations, des no man’s land de l’esprit. Eux vs nous, l’humain vs la nature, la vie quotidienne vs la magie, le vécu intime vs l’expérience collective, les croyances spirituelles vs la raison, le rêve vs la réalité. Tout ce qu’on a refoulé des siècles durant est en train de nous revenir en pleine face.
Maintenant n’a jamais été un meilleur moment pour faire du nettoyage, de se délester des croyance limitantes, de la peur de l’inconnu, des versions étriquées de nous-mêmes.
C’est ce que je nous souhaite.
La Medecine du Volcan (La Chamane) Détail
Bibliographiephilie de Sorcière ~ SAVOIR = POUVOIR
Reclaim, ouvrage collectif, éditions Cambourakis
Rêver l’Obscur, Femmes, magie et politique, Starhawk, ed. Cambourakis
The Spiral Dance, Starhawk, HarperOne
Le complexe de la sorcière, Isabelle Sorrente, Folio.
La mort de la Nature, Carolyn Merchant, éditions Wildproject.
Caliban et la sorcière, Silvia Federicci
Sorcières, la puissance invaincue des femmes, Mona Chollet, Zones
Résister à la culpabilisation, Mona Chollet, Zones
Manuel de Psychomagie, Alejandro Jodorowsky, J’ai Lu
La Voie du Tarot, Jodorowsky et Costa, J’ai Lu